Liège – 13.12.2011 – au delà de l’émotion… Un appel que nous partageons

Liège, ce mardi 13.12.2011, un forcené a tiré sur des innocents, lancé des grenades de façon aveugle sur la foule en plein centre-ville. Bilan actuel : 5 morts et 123 blessés.

Durant la journée et au fil des heures, nous sommes tou(te)s dans l’attente : qui est ce ? et pourquoi ? Un ami m’envoie un sms : Tuerie à Liège, espérons que ce ne soit pas un arabe ou un musulman. Il avait pressenti les choses, pressenti que si cela s’avérait être un Arabe et/ou un musulman, le cercle vicieux allait se (re)déployer et qu’il allait encore devoir se justifier sur son origine, sa culture et/ou sa religion. Comme mon ami, nous sommes nombreux à appréhender ce type d’événements, conscients de l’impact sur l’inconscient collectif de telles atrocités qui heurtent toute sensibilité humaine.

Et puis le nom tombe, comme un couperet : Nordine Amrani. 33 ans. Un habitant de Liège. Pas un terroriste nous dira la procureur du Roi. Mais un récidiviste. Connu de la police et des milieux judiciaires. Mais peu importe car ce que les gens retiennent vient renforcer ce que beaucoup pensent : c’est encore (à cause d’) un Arabe.

Sur la toile, les commentaires fusent. Depuis celles et ceux qui veulent organiser une marche blanche à la mémoire de Nordine (ont-ils un seul instant imaginer l’impact et l’indécence d’un tel geste ?) à celles et ceux qui veulent oser dire tout haut, avec des constructions bric-à-brac, ce que beaucoup pensent tout bas ( à titre d’exemple http://florianhenin.posterous.com/je-suis-mort-a-liege-mon-amour).

Mes pensées vont aux familles des défunts, de tous ceux qui ont été tués ou blessés…. En ce compris à la famille de ce Nordine Amrani, son épouse et aussi ses parents. Comme ceux des autres victimes innocentes : Pierre (17 ans), Mehdi (15 ans), une dame de 75 ans, un jeune homme de 20 ans et un bébé de 23 mois dont je ne connais pas les prénoms.

Certains viendront trouver dans ce fait meurtrier les éléments d’un discours populiste ou haineux justifiant qu’il y a d’un côté les victimes et de l’autre les méchants. La mémoire historique voudrait pourtant qu’on se rende compte que la folie humaine n’a pas de préférence ethnique, culturelle ou religieuse (http://www.rtl.be/info/votreregion/liege/843389/tuerie-a-liege-pas-la-premiere-fois-en-belgique).

Tentons dés lors de sortir par le haut de cette tragédie où se dessinent peu à peu et de plus en plus deux camps : le « eux » et le « nous ». Les Arabes et les autres, les Musulmans et les autres, les terroristes et les autres car il est toujours possible de construire un « Autre » à soi-même.

Je refuse de rentrer dans un camp. Je refuse de tomber dans le simplisme de penser même qu’il y ait deux camps. Mais pour cela, il faut être en mesure de dessiner une troisième voie qui rassemble, et tenter de s’adresser à celles et ceux qui sont, à présent, de façon consciente ou inconsciente, d’un côté ou l’autre de la barrière.

A la société majoritaire, j’aimerais qu’elle évite de tomber dans le travers de voir dans l’étranger la source de ses problèmes. Ce n’est pas parce qu’il s’appelle Nordine, qu’il est arabe et musulman qu’il a commis ses horreurs. C’est d’abord la tragédie d’un être désespéré ou fou, ou peut-être un peu des deux car notre monde n’aide pas à garder la raison toujours à la bonne place. Et refuser de tomber dans la stigmatisation à grande échelle d’une origine, d’une culture ou d’une civilisation car ce n’est pas la solution.

Et aux « autres », il faudra tout d’abord condamner sans réserve cet acte de terreur. Et peu importe le parcours de vie de l’auteur et ce qui a motivé son acte : rien ne peut justifier ou expliquer une telle entreprise (vu le caractère prémédité de son geste). Il faudra aussi pouvoir entendre et respecter la douleur de celles et ceux qui ont été choqués par ce drame même si parfois dans leurs expressions, il y a des nuances à apporter lorsque les discours dévieront sur les personnes arabes ou la religion musulmane. Et dire, rappeler sans cesse, que l’islam n’accepte pas (et même condamne !) que l’on tue des innocents, ni par vengeance, ni même par désespoir. Bien que le religieux n’ait a priori aucun rôle dans ces crimes, ces paroles doivent être réaffirmées avec force, et avec sagesse. Car l’émotion ne s’embarrasse pas de démêler les amalgames… et que seule la raison, la pédagogie et la patience nous permettront de retrouver le chemin de la pensée raisonnable.

Notre société, meurtrie, devra s’en remettre de ces actes meurtriers. Mais, si à l’issue de ce drame, les fractures au sein de la population s’en retrouvent renforcées, alors nous aurons perdu deux fois. La première en ayant assisté comme témoin de ce que notre société violente peut produire et de ce que la violence humaine peut produire de plus barbare ; la seconde, en permettant à ce geste de haine de renforcer les fractures et les tensions socio-culturelles et économiques au sein de notre population. Ne laissons pas à cet acte la capacité à produire plus de violence encore.

Et qu’en fin de compte, l’histoire retienne qu’ à Liège, ce 13.12.2011, un individu a tué d’autres individus et que dans notre société, des personnes de tous horizons se sont mobilisées, ensemble !, pour que cela ne se reproduise plus.

Hajib EL HAJJAJI, conseiller communal à Verviers

En Avent, la confiance! (09.12.2011)

Carte d'Egypte

image : carte d'Egypte Wikimedia

Ce blog n’a pas vocation à persifler dans chacun de ses billets l’un ou l’autre article du journal Dimanche Express – qui a d’ailleurs eu la courtoisie de publier une partie du post précédent dans son Courrier des lecteurs. Donc, promis juré: après ce billet, je m’impose un « jeûne numérique » par rapport à Dimanche. A moins que, à l’inverse, je ne propose benoîtement ma collaboration à leur rédaction, histoire de réécrire directement les articles qui me hérissent par leur parti-pris « angoissant » …

Je me contenterai donc de relever que l’article « Main basse sur l’Egypte » de Louis Mathoux (4 décembre 2011, non publié en ligne) est pour le moins sommaire, en ne voyant dans les dictatures de Nasser, Sadate et Moubarak que des « régimes laïcs » (ce qui suffit, semble-t-il, à les laver de tous leurs crimes) et dans les Frères musulmans qu’une hydre assoiffée de pouvoir, dont l’obsession est d’enfermer les femmes, de tuer les Coptes et de détruire Israël.

La vérité, c’est qu’aux yeux de beaucoup d’Egyptiens, les Frères ont tout simplement une légitimité : parce qu’ils ont été persécutés par les anciens pouvoirs, parce qu’ils ont été présents dans le champ social depuis des décennies alors que le libéralisme, le népotisme et la corruption gangrenaient l’Etat. Cela ne nous donne aucune garantie sur leurs choix de gouvernement pour l’avenir, certes : il ne suffit pas d’avoir été victimes, et de distribuer du pain, pour devenir des dirigeants politiques irréprochables.

Mais lorsque je lis, à la même page 7 de l’hebdomadaire, dans un encart de quelques lignes, que « le nombre de lobbies religieux à Washington a quintuplé en 40 ans », et que parmi ceux-ci, « le Comité américano-israélien pour les affaires publiques dépenserait le plus (87,9 millions de dollars), suivi par la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis (26,67 millions de dollars) » (1), cela me donne aussi à penser. Parce que les mots « nébuleuse » et « mystérieuse organisation » utilisés dans l’article pour qualifier les Frères musulmans, le sont aussi souvent, dans nos médias, pour désigner les lobbies. Mais que je doute beaucoup que cette information du Pew Research Center fasse autant frissonner dans les chaumières. Pourtant, n’est-ce pas là aussi une intrication du politique et du religieux qui – c’est le moins qu’on puisse en dire – ne nous est pas familière en Europe ? Est-ce qu’on ne peut pas non plus imaginer que le Comité américano-israélien susmentionné est, à l’instar des Frères musulmans égyptiens, un acteur dans les tensions persistantes dans cette partie du monde?

Je viens d’assister à une conférence intitulée Virtual faith. Spiritual life in the times of the internet (2). On y rappelait qu’un des critères distinctifs d’une publication «chrétienne (en ligne ou non), était la réalisation, par le biais de son écriture, des vertus théologales (la foi, l’espérance, l’amour) et l’ouverture aux signes des temps.

Puissent les contributeurs du journal Dimanche regarder leurs frères musulmans avec ce regard d’espérance et d’amour qu’entraîne la foi. Puissent-ils comprendre ces peuples musulmans qui espèrent des jours enfin meilleurs, qui tentent de prendre leur destin en mains, et qui choisissent aujourd’hui les partis auxquels ils font confiance – quitte à leur demander des comptes demain.

1. Rapport du 21 novembre 2011 du Pew Research Center (Forum on Religion and Public Life).
2. Conférence à la Chapelle de la Résurrection, le 05.12.2011.

25e anniversaire de la Rencontre d’Assise

Assisi - image: wikimedia

Assisi - image: wikimedia

El Kalima s’associe à plusieurs événements organisés en Belgique francophone autour du 25e anniversaire de la rencontre d’Assise :

    • « Du pèlerinage au cheminement » : rencontre sur le thème du pèlerinage dans les différentes spiritualités
      le 9 octobre 2011 à 15h à l’abbaye de Soleilmont (Fleurus)
      Cérémonie commémorant le 25ème anniversaire de la Rencontre d’Assise.
      Temps d’écoute, de méditation de musiques de diverses traditions spirituelles présentes en Belgique
      le 23 octobre 2011 de 15h à 17h à l’abbaye de Maredsous (Denée)
      Célébration de la paix dans l’esprit de la Rencontre d’Assise. Chants, musiques, danses de différentes traditions religieuses et temps de silence
      le 27 octobre 2011 de 19h30 à 22h à l’abbaye des Bénédictines (Liège)
  • Lire plus

    Islam : découvrir – approfondir

    image: agoolapulapu (cc: by)

    image: agoolapulapu (cc: by)

    Journée de formation à l’attention des professeurs de religion catholique

    organisée par :

    • des conseillers pédagogiques du fondamental et du secondaire
    • la cellule enseignement d’El Kalima

    le vendredi 21 octobre 2011 de 9h15 à 16h

    à la Maison Diocésaine de l’Enseignement
    Avenue de l’Eglise Saint-Julien 15
    1160 Bruxelles Lire plus

    «Mariages islamo-chrétiens»

    image: apdk (cc: by)

    image: apdk (cc: by)

    « Mariages islamo-chrétiens » – Le nouveau dossier du CIRI

    Vous êtes agent pastoral ? Des couples islamo-chrétiens s’adressent à vous pour une célébration de leur mariage dans une église et une reconnaissance de ce mariage par l’Eglise catholique ?

    La CIRI (Commission interdiocésaine pour les relations avec l’Islam) et El Kalima vous proposent des pistes d’analyse et des outils pour la réflexion et la rencontre. Lire plus

    PREMIER SEMESTRE 2011

    PREMIER SEMESTRE 2011

     

    programme Le samedi 8 janvier à 15h

    Le Centre El Kalima, le Mouvement Chrétien pour la Paix et le Forum Renaissance proposent une :

    Conférence illustrée : le tombeau de Rachel. Lieu de fraternisation entre les juifs, les chrétiens et les musulmans

    Par Lucia Maria Russo Lire plus

    Ce que nous offrons

    portes- approfondir le dialogue entre chrétiens et musulmans, entre monde occidental et Orient
    - dans une dynamique inscrite dans l’histoire
    - avec une équipe d’une quinzaine de personnes
    - par des activités variées ( information, formation, prière, rencontres, échanges…)
    - en mettant à disposition une bibliothèque de plus de 3000 volumes
    - en publiant une revue et d’autres documents de travail
    - en informant sur le travail du Comité Interdiocésain pour les Relations avec l’Islam
    - en proposant des liens vers des sites intéressants