Liège – 13.12.2011 – au delà de l’émotion… Un appel que nous partageons

Liège, ce mardi 13.12.2011, un forcené a tiré sur des innocents, lancé des grenades de façon aveugle sur la foule en plein centre-ville. Bilan actuel : 5 morts et 123 blessés.

Durant la journée et au fil des heures, nous sommes tou(te)s dans l’attente : qui est ce ? et pourquoi ? Un ami m’envoie un sms : Tuerie à Liège, espérons que ce ne soit pas un arabe ou un musulman. Il avait pressenti les choses, pressenti que si cela s’avérait être un Arabe et/ou un musulman, le cercle vicieux allait se (re)déployer et qu’il allait encore devoir se justifier sur son origine, sa culture et/ou sa religion. Comme mon ami, nous sommes nombreux à appréhender ce type d’événements, conscients de l’impact sur l’inconscient collectif de telles atrocités qui heurtent toute sensibilité humaine.

Et puis le nom tombe, comme un couperet : Nordine Amrani. 33 ans. Un habitant de Liège. Pas un terroriste nous dira la procureur du Roi. Mais un récidiviste. Connu de la police et des milieux judiciaires. Mais peu importe car ce que les gens retiennent vient renforcer ce que beaucoup pensent : c’est encore (à cause d’) un Arabe.

Sur la toile, les commentaires fusent. Depuis celles et ceux qui veulent organiser une marche blanche à la mémoire de Nordine (ont-ils un seul instant imaginer l’impact et l’indécence d’un tel geste ?) à celles et ceux qui veulent oser dire tout haut, avec des constructions bric-à-brac, ce que beaucoup pensent tout bas ( à titre d’exemple http://florianhenin.posterous.com/je-suis-mort-a-liege-mon-amour).

Mes pensées vont aux familles des défunts, de tous ceux qui ont été tués ou blessés…. En ce compris à la famille de ce Nordine Amrani, son épouse et aussi ses parents. Comme ceux des autres victimes innocentes : Pierre (17 ans), Mehdi (15 ans), une dame de 75 ans, un jeune homme de 20 ans et un bébé de 23 mois dont je ne connais pas les prénoms.

Certains viendront trouver dans ce fait meurtrier les éléments d’un discours populiste ou haineux justifiant qu’il y a d’un côté les victimes et de l’autre les méchants. La mémoire historique voudrait pourtant qu’on se rende compte que la folie humaine n’a pas de préférence ethnique, culturelle ou religieuse (http://www.rtl.be/info/votreregion/liege/843389/tuerie-a-liege-pas-la-premiere-fois-en-belgique).

Tentons dés lors de sortir par le haut de cette tragédie où se dessinent peu à peu et de plus en plus deux camps : le « eux » et le « nous ». Les Arabes et les autres, les Musulmans et les autres, les terroristes et les autres car il est toujours possible de construire un « Autre » à soi-même.

Je refuse de rentrer dans un camp. Je refuse de tomber dans le simplisme de penser même qu’il y ait deux camps. Mais pour cela, il faut être en mesure de dessiner une troisième voie qui rassemble, et tenter de s’adresser à celles et ceux qui sont, à présent, de façon consciente ou inconsciente, d’un côté ou l’autre de la barrière.

A la société majoritaire, j’aimerais qu’elle évite de tomber dans le travers de voir dans l’étranger la source de ses problèmes. Ce n’est pas parce qu’il s’appelle Nordine, qu’il est arabe et musulman qu’il a commis ses horreurs. C’est d’abord la tragédie d’un être désespéré ou fou, ou peut-être un peu des deux car notre monde n’aide pas à garder la raison toujours à la bonne place. Et refuser de tomber dans la stigmatisation à grande échelle d’une origine, d’une culture ou d’une civilisation car ce n’est pas la solution.

Et aux « autres », il faudra tout d’abord condamner sans réserve cet acte de terreur. Et peu importe le parcours de vie de l’auteur et ce qui a motivé son acte : rien ne peut justifier ou expliquer une telle entreprise (vu le caractère prémédité de son geste). Il faudra aussi pouvoir entendre et respecter la douleur de celles et ceux qui ont été choqués par ce drame même si parfois dans leurs expressions, il y a des nuances à apporter lorsque les discours dévieront sur les personnes arabes ou la religion musulmane. Et dire, rappeler sans cesse, que l’islam n’accepte pas (et même condamne !) que l’on tue des innocents, ni par vengeance, ni même par désespoir. Bien que le religieux n’ait a priori aucun rôle dans ces crimes, ces paroles doivent être réaffirmées avec force, et avec sagesse. Car l’émotion ne s’embarrasse pas de démêler les amalgames… et que seule la raison, la pédagogie et la patience nous permettront de retrouver le chemin de la pensée raisonnable.

Notre société, meurtrie, devra s’en remettre de ces actes meurtriers. Mais, si à l’issue de ce drame, les fractures au sein de la population s’en retrouvent renforcées, alors nous aurons perdu deux fois. La première en ayant assisté comme témoin de ce que notre société violente peut produire et de ce que la violence humaine peut produire de plus barbare ; la seconde, en permettant à ce geste de haine de renforcer les fractures et les tensions socio-culturelles et économiques au sein de notre population. Ne laissons pas à cet acte la capacité à produire plus de violence encore.

Et qu’en fin de compte, l’histoire retienne qu’ à Liège, ce 13.12.2011, un individu a tué d’autres individus et que dans notre société, des personnes de tous horizons se sont mobilisées, ensemble !, pour que cela ne se reproduise plus.

Hajib EL HAJJAJI, conseiller communal à Verviers

En Avent, la confiance! (09.12.2011)

Carte d'Egypte

image : carte d'Egypte Wikimedia

Ce blog n’a pas vocation à persifler dans chacun de ses billets l’un ou l’autre article du journal Dimanche Express – qui a d’ailleurs eu la courtoisie de publier une partie du post précédent dans son Courrier des lecteurs. Donc, promis juré: après ce billet, je m’impose un « jeûne numérique » par rapport à Dimanche. A moins que, à l’inverse, je ne propose benoîtement ma collaboration à leur rédaction, histoire de réécrire directement les articles qui me hérissent par leur parti-pris « angoissant » …

Je me contenterai donc de relever que l’article « Main basse sur l’Egypte » de Louis Mathoux (4 décembre 2011, non publié en ligne) est pour le moins sommaire, en ne voyant dans les dictatures de Nasser, Sadate et Moubarak que des « régimes laïcs » (ce qui suffit, semble-t-il, à les laver de tous leurs crimes) et dans les Frères musulmans qu’une hydre assoiffée de pouvoir, dont l’obsession est d’enfermer les femmes, de tuer les Coptes et de détruire Israël.

La vérité, c’est qu’aux yeux de beaucoup d’Egyptiens, les Frères ont tout simplement une légitimité : parce qu’ils ont été persécutés par les anciens pouvoirs, parce qu’ils ont été présents dans le champ social depuis des décennies alors que le libéralisme, le népotisme et la corruption gangrenaient l’Etat. Cela ne nous donne aucune garantie sur leurs choix de gouvernement pour l’avenir, certes : il ne suffit pas d’avoir été victimes, et de distribuer du pain, pour devenir des dirigeants politiques irréprochables.

Mais lorsque je lis, à la même page 7 de l’hebdomadaire, dans un encart de quelques lignes, que « le nombre de lobbies religieux à Washington a quintuplé en 40 ans », et que parmi ceux-ci, « le Comité américano-israélien pour les affaires publiques dépenserait le plus (87,9 millions de dollars), suivi par la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis (26,67 millions de dollars) » (1), cela me donne aussi à penser. Parce que les mots « nébuleuse » et « mystérieuse organisation » utilisés dans l’article pour qualifier les Frères musulmans, le sont aussi souvent, dans nos médias, pour désigner les lobbies. Mais que je doute beaucoup que cette information du Pew Research Center fasse autant frissonner dans les chaumières. Pourtant, n’est-ce pas là aussi une intrication du politique et du religieux qui – c’est le moins qu’on puisse en dire – ne nous est pas familière en Europe ? Est-ce qu’on ne peut pas non plus imaginer que le Comité américano-israélien susmentionné est, à l’instar des Frères musulmans égyptiens, un acteur dans les tensions persistantes dans cette partie du monde?

Je viens d’assister à une conférence intitulée Virtual faith. Spiritual life in the times of the internet (2). On y rappelait qu’un des critères distinctifs d’une publication «chrétienne (en ligne ou non), était la réalisation, par le biais de son écriture, des vertus théologales (la foi, l’espérance, l’amour) et l’ouverture aux signes des temps.

Puissent les contributeurs du journal Dimanche regarder leurs frères musulmans avec ce regard d’espérance et d’amour qu’entraîne la foi. Puissent-ils comprendre ces peuples musulmans qui espèrent des jours enfin meilleurs, qui tentent de prendre leur destin en mains, et qui choisissent aujourd’hui les partis auxquels ils font confiance – quitte à leur demander des comptes demain.

1. Rapport du 21 novembre 2011 du Pew Research Center (Forum on Religion and Public Life).
2. Conférence à la Chapelle de la Résurrection, le 05.12.2011.

L’ombre d’un populisme chrétien (14.11.2011)

lapin Mr. Ducke (cc: by-sa)

lapin Mr. Ducke (cc: by-sa)

Disons-le tout net : Je dois une fière chandelle au P. Charles Delhez, dans son article sur « L’immigration, une bonne ou une mauvaise nouvelle ? », paru dans le journal Dimanche Expressdu 11.11.2011.

Ces dernières semaines en effet, accablée par le traitement de l’information sur la Tunisie et par la tournure des événements en Syrie, en Israël, au Liban, j’avais vraiment du mal à revenir devant mon clavier. Comment pouvais-je, avec foi, avec conviction, sans angélisme niais, mettre ces faits massifs en perspective avec le 25e anniversaire de la rencontre d’Assise, cette prière commune des représentants des différentes religions pour la paix ? Je peinais à trouver le ton juste…

Mais l’interview accordé au P. Delhez par Philippe Dembour a réveillé mon désir de participer à la conversation du monde. Et cela au nom de ma dignité de chrétienne. En une page en effet, cet article égrène un chapelet de clichés mobilisateurs d’angoisse, apparemment cautionnés par la valeur morale de l’interviewé (« père de cinq enfants ») et sa réussite professionnelle (« membre de direction d’une grande entreprise privée »).

L’on attendait un article sur l’immigration. Mais dès la première question, et sa réponse, c’est une antienne trop connue qui se met en place : enfants victimes d’agressions (immigration = délinquance), magnanimité des victimes chrétiennes qui, en réponse, déploient une action d’ « aide » à la réussite scolaire et de « parrainage moral » de familles allochtones (immigration = déficit scolaire, social, voire moral). Entrent en scène les « amis marocains » (immigration = populations arabo-musulmanes, migrantes ou déjà installées depuis plusieurs générations). Il y a parmi eux des « sages », si si, qui sont bien d’accord avec nous : il y a trop d’étrangers en Belgique.

Si l’on avait encore des doutes, le deuxième alinéa les lève définitivement. L’interrogation ne porte pas ici sur l’immigration, mais sur l’islam. Et même pas sur la réalité de l’immigration musulmane en Europe, non. On ré-agite devant nos yeux le fantasme d’une Europe où des chrétiens minoritaires se retrouveraient sous peu face-à-face avec des musulmans majoritaires (les autres affiliations, apparemment, comptant pour rien…)(1)

La troisième question est l’occasion de s’inquiéter des mariages entre cousins germains présentés comme la norme (en même temps qu’une entourloupe pour bénéficier du regroupement familial) pour « nos amis musulmans ». On apprend ainsi, par un raccourci méthodologique pour le moins étonnant, que ces mariages consanguins seraient peut-être bien l’explication de l’abandon massif des études secondaires par les jeunes Bruxellois (tous étant, si je comprends bien le raisonnement, musulmans et débiles)(2).

Le morceau de bravoure se poursuit par quelques conseils – de nous, catholiques détenteurs de la vérité et du dernier mot de l’histoire – à l’attention des musulmans, pour que nous puissions vivre ensemble. Inimaginable, bien sûr, que nous aussi aurions à faire un effort pour apprivoiser cette réalité neuve. Suit alors la citation décontextualisée d’un verset polémique du Coran, sous couvert d’appel à la contextualisation par les musulmans de leur texte sacré. Comme si aucun verset de nos deux Testaments ne posait jamais problème aux lecteurs non nourris de notre tradition !

La conclusion viendra enfin remettre une dernière couche de paternalisme chrétien, sur l’air de : « Aidons les musulmans ». Toujours l’amitié posée en termes de relation asymétrique ; et l’aidé, le plus faible serait bien sûr toujours l’autre. « Découvrons leurs grandes qualités » (ah l’hospitalité !). Il ne s’agit pas de louer leur intelligence, leur ténacité, leur courage dans un environnement parfois hostile, ni d’admirer leur vitalité, leur fidélité, non. Ces qualités-là nous font peur, sans doute. Mais « quand on les aide, ils sont gentils… » !!

Gentils mais prolifiques. Envahissants comme les lapins dont on ne contrôle pas l’expansion. Que faire alors, sinon « rester vigilants » ?

Ah, ce fameux appel à la vigilance des chrétiens (je n’ai pas dit vigilance évangélique), apparemment non-violent, en fait plus insidieux encore dans son apparente retenue ! Certes on peut penser qu’il vaut mieux ça que l’incitation au meurtre. Mais est-ce que quelqu’un pourra m’expliquer comment on traduit dans les faits, dans les domaines politique et juridique – puisque c’est cela qui est visé – cette prétention à réduire la croissance d’une partie ciblée de la population tout en restant dans le cadre de l’Etat de droit ? Et si l’on se dit que, pour la bonne cause, on peut bien faire quelques entorses à l’Etat de droit, que reste-t-il de « nos valeurs laïco-judéo-chrétiennes » si vivement revendiquées ?

Les migrations ne sont, a priori, ni une bonne ni une mauvaise nouvelle. Elles sont un fait, qui n’est pas près de voir son ampleur décroître avec la mondialisation qui s’accélère, avec les désastres climatiques qu’on nous annonce. Elles concernent tous les continents, toutes les cultures. Elles bousculent les sécurités et les habitudes du Belge moyen. Elles sont sources de frictions et de frustrations dans le quotidien, voire de violences, et pour les autochtones, et pour les migrants. Elles interpellent le politique qui a le devoir d’y réagir (3). Enfin, la présence musulmane « chez nous » nous fragilise un peu plus, nous catholiques, dans notre image déjà passablement écornée de nous-mêmes.

Mais il dépend de nous, de notre foi, de notre amour, de notre espérance, de faire de cette réalité une bonne ou une mauvaise nouvelle. Il ne s’agit pas de subir. Mais de découvrir, dans une situation nouvelle, complexe, dérangeante, comment reconnaître le visage de Dieu dans l’autre. Par la politique et par le droit. Mais aussi par la convivialité, la rencontre enfin fraternelle et non plus surplombante. C’est difficile. Ca va à contre-courant de nos peurs et des peurs des autres. Mais, rien à faire : c’est à cela que nous sommes appelés. L’Evangile du prochain dimanche ne dit pas autre chose.

1. Rappelons que, selon l’enquête scientifique de référence sur les questions croisant démographie et appartenance religieuse (The Future of the Global Muslim Population, Pew Forum on Religion and Public Life, janvier 2011), la population musulmane en Europe passerait de 6% en 2010 à 8% en 2030 approx.
2. Faut-il préciser que la « nocivité » des mariages entre cousins germains n’est, en tant que telle, ni scientifiquement, ni statistiquement démontrée ?
3. Mais sur base d’une analyse rigoureuse de la situation, et en recherchant les solutions les plus respectueuses possibles des droits de chacun.

Nouvel animateur (12.09.2011)

image: Elaine Rudolphi (cc: by-nc-nd)

image: Elaine Rudolphi (cc: by-nc-nd)

L’équipe du Centre El Kalima s’est étoffée en ce début septembre avec l’arrivée de Régis Close au poste d’animateur à temps plein.

Frais émoulu de la faculté de théologie de Louvain-la-Neuve, il a bien voulu satisfaire notre curiosité sur ce qui peut bien motiver un jeune, aujourd’hui, à travailler dans le domaine du dialogue islamo-chrétien.

S.T. : Régis, pourrais-tu nous dire deux mots de ta formation ?

Oui bien sûr. J’ai commencé des études de chimie à Liège (Ulg). Malgré leur intérêt, elles me laissaient un peu sur ma faim. Je cherchais quelque chose de plus humain, de moins totalement abstrait.

Après un pèlerinage à Compostelle, pendant les vacances, j’ai alors décidé de me tourner vers des études de théologie. Après 3 ans, j’ai ainsi obtenu le baccalauréat en théologie (avec un travail de fin d’études sur le pèlerinage à Compostelle). Je l’ai complété par une formation philosophique (avec un travail de fin d’études sur la philosophie du christianisme chez Michel Henry) qui m’a permis d’obtenir le grade canonique de bachelier en théologie. J’ai ensuite passé un master en sciences des religions à finalité approfondie en sociologie des religions. Je viens de le terminer il y a quelques semaines, hormis mon mémoire sur la laïcité au Liban que je compte clôturer cette année.

Dans l’optique d’un travail futur au centre El Kalima, je me suis aussi engagé, au mois de février, dans la formation dispensée par le CISMOC sur l’islam. C’est un programme assez intensif qui se poursuit encore pour le moment.

S.T. : Et qu’est-ce qui t’a motivé à entreprendre cette formation, théologique et philosophique d’abord, puis plus centrée sur les religions ?

Je viens d’une famille catholique mais, comme beaucoup d’adolescents, j’avais pris mes distances avec la religion à l’adolescence. Puis le pélé, comme je l’ai dit, a vraiment constitué un tournant dans ma vie. J’avais envie d’autre chose, envie d’ouverture, envie d’une formation qui prenne en compte l’homme dans toutes ses dimensions, y compris sa dimension spirituelle. Et pour ça, la théologie, c’était vraiment ce que j’avais envie de faire.

La philo, elle, m’a apporté une méthode, le goût de la rigueur, la capacité de développer un questionnement critique. Elle permet également de renforcer la raison théologique.

Quant à la formation au CISMOC, dès que j’en ai entendu parler, j’ai été très intéressé ; et ce me sera très utile dans mon travail à venir.

S.T. : Tu as rapidement présenté ta candidature à un poste d’animateur à El Kalima, alors que ta formation était encore en cours. Pourquoi ?

Une amie qui travaille pour le diocèse de Tournai, avait entendu parler de l’appel à candidatures. Sachant que j’étais intéressé par toutes les religions, et par le fait religieux, curieux de leur implantation chez nous, ouvert à la rencontre, elle m’a encouragé à postuler.

Je me suis dit : « Pourquoi pas ? ». Et (sourire) comme c’est difficile de trouver un boulot adéquat, avec ce type de diplôme… D’autant plus que ce travail rentre parfaitement dans le prolongement de mes études et continuera de stimulera l’intérêt que je porte au dialogue interreligieux.

S.T. : Une dernière question, Régis, et non des moindres pour un Centre tel que le nôtre : Quelle est ta vision du dialogue interreligieux, aujourd’hui ?

Pour moi, le dialogue authentique est quelque chose qui se construit. Et cette construction demande du temps. Je crois aussi qu’un vrai dialogue a besoin de réciprocité.

Lorsque « ça marche », le dialogue est alors porteur d’espoir. Le dialogue est également une nécessité car il est une solution à la violence, une piste essentielle pour vaincre cette violence souvent due à une méconnaissance de l’autre.

Une petite phrase (04.07.2011)

image: thegoinggreenboutique (cc: by)

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Une petite phrase, oui, apparemment anodine…

Ce n’était pas la plus riche, pas la plus profonde des belles lectures de la messe de ce dimanche 19 juin.

Bizarrement, c’est pourtant celle qui est revenue bourdonner à mes oreilles plusieurs fois, depuis. Il s’agit de quelques mots de la seconde lettre de Paul aux Corinthiens (2 Co 13, 11-12).

« Frères », dit Paul, « soyez dans la joie… soyez d’accord entre vous, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. Exprimez votre amitié en échangeant le baiser de paix… »

La prière rituelle musulmane ne dit pas autre chose. A la fin de l’oraison, celui ou celle qui prie se tourne vers la gauche, puis vers la droite, et prononce distinctement, par deux fois, un vœu de paix. « Es-salamou-alaykoum », dit-il, « la paix soit sur vous ». Cette adresse n’est pas différente, me semble-t-il, de notre « rite de la paix » où l’on souhaite à ses voisins d’assemblée (et, par métonymie, à tous), que la paix du Seigneur soit toujours avec eux.

J’ai repensé alors à une discussion récente sur ce fameux baiser de paix symbolique pratiqué dans nos églises. Sur le risque toujours possible que ce symbole se dégrade en formalisme. Sur la nécessité, pour vivifier le symbole, d’en vivre au quotidien ce que nous en avons compris.

Eprouver, en soi et pour soi, de bons sentiments, cela ne suffit pas. Il s’agit d’ « exprimer son amitié » : de la signifier dans des gestes ; de toucher et de se laisser toucher ; de rendre présente l’amitié dans une proximité, dans une confiance.

Que ce désir de relations pacifiées déborde l’enclos de nos églises et de nos mosquées.

Qu’il continue à nous animer et à nous appeler à reconnaître en l’autre, fondamentalement, dans la complexité du réel, un frère animé d’un désir semblable… C’est bien à cela que nous convoque la foi.

Pour le coup, voilà qui devrait alors mettre le feu de Dieu à nos rites et à nos pratiques !

Un chrétien, un musulman, des valeurs

images: wikimedia

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Une fois n’est pas coutume, c’est à une activité organisée par le Centre El Kalima lui-même, en partenariat avec la Ligue des imams, la Ligue des mosquées et le RMB, que je vais brièvement faire écho.

Le 30 mai dernier, nous recevions en effet Thomas d’Ansembourg et M’hammed El Moudni au Centre communautaire maritime de Molenbeek, pour un échange public de deux bonnes heures autour du thème : « « Les valeurs universelles : un chrétien et un musulman s’expriment ». Lire plus

Décomplexée, la blogosphère catholique ?

Blogosphère

Blogosphère

Voilà voilà. Après quelques jours de vacances bien méritées, je suis de retour au boulot et sur le net.

Je ne sais pas vous, mais moi, en vacances, je donne aussi congé à mon ordi. Eh oui, je suis encore de cette génération où le PC est d’abord un instrument de travail. Utile, certes. Mais pas franchement incontournable lorsqu’on cherche d’abord à se détendre, à changer de rythme (non, je ne dirai pas « à se ressourcer ». Et pourtant… Le jaillissement timide d’une source entre trois roches, son murmure vert sous les mousses, son clapotis obstiné… quoi de plus vivifiant ?) Lire plus

Images, images, images

image: Nataraj Metz (cc: by-nc-sa)

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Bon, ben, ça y est, je sens qu’avec ce nouveau post je vais (déjà) casser mon image.

J’avais pourtant bien commencé, je trouve. Dans le post précédent, j’avais donné quelques gages comme bonne catholique à références. J’avais témoigné de ma familiarité avec « un grand jèze »1, je faisais, guillerette, mes premiers pas sur la voie de l’adoubement par l’intelligentsia…

Et puis voilà qu’aujourd’hui, je chute déjà dans la boue. Ce n’est ni d’un grand dominicain, ni des richesses de la tradition, ni même d’un article du dernier « Dimanche » que je vais vous entretenir. Non ; je vais vous parler d’Eric et Ramzy. Lire plus

Des préjugés qui viennent de loin

image: jesuites.com

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Juste terminé la lecture de la correspondance de Pierre Teilhard de Chardin avec la famille Bégouën1. Teilhard, vous voyez qui c’est ? Un des grands théologiens du milieu du 20e siècle, chantre d’un progrès où l’homme, habité et entraîné par l’énergie divine, poursuivrait l’œuvre éternellement créatrice de Dieu. Ces dernières années, nombre de ses échanges épistolaires ont été publiés. Il s’agit cette fois de ceux qui le lient à ce couple qui avait, dans les années trente, lancé un projet atypique de coopérative parfumière au Maroc et en Guinée.

Là où la lecture devient particulièrement intéressante du point de vue de l’histoire du dialogue islamo-chrétien (et Orient-Occident), c’est quand les lettres témoignent sans fard des difficultés rencontrées par Max Bégouën, entrepreneur français croyant de bonne foi en «la mission civilisatrice de la colonisation». Lire plus

Pourquoi bloguer?

image: wikimedia

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Ne sommes-nous pas déjà gavés d’informations, abreuvés jusqu’à plus soif de polémiques ?

Sans doute. Mais nous sentons aussi qu’en ces temps de surinformation, l’in-digestion règne. Même si nous résistons à la goinfrerie éperdue du «toujours plus» qui est l’avers de la société de communication, nous avons bien du mal à savoir quoi faire des informations souvent contradictoires que nous avons picorées ici et là, et dont nous espérons qu’elle vont nous nourrir. Lire plus